30/1/26

“Je suis débordé”
C’est une phrase que j’entends souvent chez les managers. Et presque aussitôt après : “Je dois mieux m’organiser.
Mon agenda. Mes priorités. Ma méthode. Les outils.
Oui ça peut aider.
Sauf que, très régulièrement, le problème n’est pas là.
Un manager me disait récemment :
“Je suis débordé parce que je dois repasser sur le travail de mon équipe”
A ma question “Qu’est-ce qui fait que tu dois repasser ?”, il répond :
“Parce que ce n’est pas fait comme je veux. Donc je revérifie leur travail et ça me prend un temps fou”
Je vous passe le reste de l’échange car l’essentiel est posé là. Quand un manager dit qu’il manque de temps, ce n’est pas qu’un problème d’organisation. C’est souvent un sujet de délégation, de contrôle et de confiance.
Quand on est manager, manquer de temps peut devenir une norme.
On court après l’opérationnel.
On enchaîne les sollicitations.
On gère l’imprévu.
On fait avancer.
Et, dans ce contexte, l’explication la plus confortable est : “Je suis mal organisé”
Parce que si c’est un problème d’organisation, la solution est simple :
Tout cela peut aider.
Mais si, malgré les outils, vous continuez à manquer de temps en tant que manager, alors il est probable que l’organisation ne soit pas le sujet principal.
Repasser derrière l’équipe n’est pas un détail. C’est un signal fort.
En coaching, quand j’entends cette phrase, je regarde généralement trois zones.
Parfois, le problème n’est pas le niveau de l’équipe. C’est le flou qu’on installe en tant que manager.
Quand rien n’est clair, le manager finit par récupérer la charge. Et forcément, ça explose le temps.
Beaucoup de managers contrôlent parce qu’ils veulent que ça se passe bien.
Le contrôle n’est pas forcément une mauvaise intention.
Mais quand il devient systématique, il produit un cercle vicieux :
Et souvent, derrière le contrôle, il y a un sujet plus profond :
Manquer de temps, pour un manager, peut être le symptôme d’un besoin de maîtrise.
Et ce besoin, lui, est rarement un simple problème d’organisation.
Voici quelques signaux concrets. Si vous vous reconnaissez, il y a de grandes chances que votre manque de temps soit lié à la délégation plutôt qu’à l’agenda.
Dans ces cas-là, une meilleure organisation ne suffira pas.
Il sera nécessaire de travailler le fond : la clarté + le cadre + la posture.
Sous le “je veux que ce soit bien fait”, on trouve fréquemment une peur ou une croyance.
“Si ce n’est pas parfait, ça va se voir”
“Si ça rate, c’est moi qu’on viendra chercher”
“Si le travail de mon équipe n’est pas bon, on va penser que je ne pilote pas”
“On va remettre en question ma légitimité”
Dans certains environnements, contrôler donne une sensation de sécurité.
“Si je veux que ce soit bien fait, je dois le faire moi-même”
Le problème, c’est que cette croyance coûte très cher.
Elle coûte :
L’enjeu n’est donc pas de lâcher prise au sens vague.
L’enjeu, c’est de passer d’un contrôle permanent à un pilotage clair.
Voici un plan d’action concret.
Pour ne pas repasser derrière quelqu’un, il faut que l’autre sache exactement ce qui est attendu.
Avant de déléguer, clarifiez :
Un standard écrit évite 80% des “ce n’est pas fait comme je veux”.
Une question simple :
“Est-ce que c’est faux ou est-ce que c’est juste différent de ma manière de faire ?”
Tout n’a pas besoin d’être fait comme vous faites.
Tout doit être fait au niveau attendu.
Quand vous confondez standard et préférence, vous multipliez les retours et vous reprenez la main. Et vous perdez du temps.
Repasser à la fin est le pire scénario.
Testez plutôt :
Vous contrôlez moins longtemps, mais mieux.
Si vous corrigez sans expliquer, vous corrigerez toujours.
Quand vous faites un retour :
Votre objectif : ne pas faire deux fois la même correction, et donc autonomiser votre équipe.
C’est souvent là que ça se joue.
Parce que, oui : reprendre le contrôle est rassurant.
Mais une transformation durable demande parfois d’accepter l’inconfort de :
Être manager et manquer de temps n’est pas toujours un problème d’organisation. Souvent, c’est un problème de délégation, de clarté, et parfois de confiance.
La bonne nouvelle, c’est que ça se travaille.
Pas en ajoutant un outil.
Mais en posant un cadre plus clair, en pilotant mieux, et en sortant petit à petit du réflexe de repasser derrière.