29/10/26

Pourquoi culpabilise-t-on de prendre du temps pour soi quand on dirige ?

Vous avez une journée devant vous où vous aviez bloqué du temps pour enfin travailler sur un sujet de fond de votre entreprise. Et au moment de vous y mettre, la petite voix arrive : « Tu as tellement à faire, tu ne peux pas faire ça maintenant. Il y a plus urgent. »

Résultat : vous répondez à quelques mails, vous dépannez un collaborateur et la journée est passée.

Si ça vous parle, ce n’est probablement pas un problème d’organisation. C’est que la culpabilité vous a rattrapé.

Voyons ce qu’elle nous dit.

Culpabiliser de se reposer : de quoi parle-t-on ?

On se sent coupable quand on a l’impression d’avoir transgressé ses propres valeurs, ou les normes sociales et morales. La culpabilité n’est donc pas un défaut, c’est un ressenti qui signale que quelque chose d’important pour nous est touché.

Ici, ce qui la déclenche, c’est de prendre du temps pour soi : se reposer, déconnecter, mais aussi travailler sur ses propres sujets sans être dérangé. Quand on est salarié, quelqu’un nous accorde nos congés. Quand on est chef d’entreprise, plus personne ne nous y autorise : c’est à nous de nous en donner le droit.

Alors, qu’est-ce qu’on a l’impression de transgresser ?

D’où vient la culpabilité de prendre du temps pour soi ?

On culpabilise quand il y a un écart entre ce qu’on pense devoir être ou faire et ce qu’on fait réellement. Et voici trois sources fréquentes.

Une valeur travail héritée

Pour ma part, j’ai été éduquée avec l’idée que le travail, c’est la base : on y passe du temps, on le fait sérieusement, on travaille dur, et c’est par lui qu’on reçoit de la reconnaissance. Alors quand on se repose, on reçoit quoi ? Dans cette logique, sans travail, il n’y a ni mérite, ni résultat.

Le culte de la performance

Notre société nous pousse à montrer qu’on travaille beaucoup, qu’on est débordé, qu’on performe. Et si vous n’êtes pas épuisé ou que vous ne vous plaignez pas, ça paraît presque louche aux yeux des autres. Alors dans ce contexte, prendre du temps pour soi peut donner l’impression d’être fainéant.

Une valeur d’altruisme

Être là pour les autres c’est une belle valeur. Mais quand on est centré sur soi, on n’est forcément pas centré sur l’autre et cet écart est désagréable. Prendre du temps pour soi donne alors l’impression de manquer à son devoir de soutien ou de protection. On parle parfois de syndrome du sauveur : croire qu’on est le seul responsable du bien-être de son entourage.

Ce que cette culpabilité dit de vos besoins

Derrière la culpabilité, il y a souvent un ou plusieurs besoins qui ne sont pas nourris. Voici trois pistes en lien avec ce que nous venons de voir.

  • Un besoin de cohérence entre son ambition et son action, lié à la valeur travail. « Je veux réussir, mais si je ne travaille pas, comment y arriver ? »
  • Un besoin de reconnaissance, lié au culte de la performance. Être perçu comme quelqu’un de sérieux, de travailleur, qui ne ménage pas ses efforts. Être validé par les autres pour ces qualités.
  • Un besoin de préservation, lié à l’altruisme. Se prioriser soi peut donner l’impression d’être égoïste et d’abandonner les autres.

3 questions pour prendre du recul

Plutôt que de chercher la bonne réponse, essayez ces questions au moment où vous sentez que vous culpabilisez.

  1. À qui appartient cette voix ?
    Cette phrase du type « je n’ai pas le droit », d’où vient-elle : d’un parent, d’un ancien manager, de la société, de vous ? Parfois, rien que de la situer permet de rendre sa pensée à son bon propriétaire.
  2. Que penseriez-vous d’un autre dirigeant qui prendrait ce même temps ?
    Si c’était quelqu’un que vous estimez, le jugeriez-vous ? Votre réponse vous montrera l’écart entre ce que vous vous accordez et ce que vous accordez aux autres.
  3. Qui a besoin impérativement de vous pendant ce temps ?
    Que se passe-t-il concrètement, pour cette personne, pendant ces quelques heures ? On se rend vite compte que le devoir qu’on s’impose est plus grand que ce qu’on nous demande réellement.

Le but n’est pas de faire disparaître la culpabilité. C’est de ne plus la laisser décider à votre place.

Ce qu’il faut retenir de notre culpabilité à s’accorder du temps :

  • Elle apparaît quand il y a un écart entre ce qu’on pense devoir être et ce qu’on fait.
  • Elle vient souvent de valeurs ou de normes sociales dont on hérite.
  • Comme tout ressenti, elle est liée à des besoins légitimes.
  • Plutôt que de la faire taire, on peut prendre du recul pour comprendre le vrai message envoyé.

Vous voulez réussir à vous accorder du temps sans culpabiliser ?

S’autoriser, ce n’est pas qu’une question de méthode : c’est aussi une question de posture.

Coach certifiée, j’accompagne les dirigeants de PME à comprendre ce qui les retient et à prendre pleinement leur place de dirigeant.

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